Archives mensuelles : décembre 2014

Au bal des hypocrites, Onfray mène la danse.

La défense de la liberté d’expression de Zemmour par Onfray n’est pas réellement une surprise : comme certains athées célèbres dans le monde anglo-saxon (je pense notamment à Sam Harris et Richard Dawkins1), Onfray en vient à confondre athéisme et islamophobie. Il se retrouve donc embarqué avec Zemmour et Le Pen, qui d’après lui est libertaire, parce qu’anti-Union Européenne2. On appréciera au passage la nouvelle définition donnée à ce mot par Onfray, définition qui n’apparaît ici que pour les besoins de sa démonstration, mais qui ne repose sur rien, historiquement parlant3. Au reste, il ne doit pas bien connaître le programme de Marine Le Pen, pour prétendre que celle-ci « aime la liberté ».

Cette défense de la liberté d’expression de l’extrême-droite est son droit, et, à la limite, je le rejoins là-dessus : laisser les ignobles s’exprimer, oui. Encore faut-il, si on se prétend de gauche, combattre ces idées. Et le moins que l’on puisse dire, c’est que Onfray est plutôt très léger sur ce dernier point. Il a aussi le droit d’être islamophobe (qui n’est pas, pratiquement, la haine de l’Islam, mais la haine des musulmans), ou plutôt plus islamophobe que christianophobe ou judéophobe, au prétexte que l’Islam serait prosélyte alors que les deux autres, non. Cette dernière analyse passe complètement sous silence les faits révélateurs du débat sur le mariage pour tous : à savoir que les chrétiens, et particulièrement les catholiques, sont bel et bien prosélytes. Mais Là n’est pas le sujet.

Quand i>télé décide de se séparer de Zemmour — qui pourra toujours contester aux prud’hommes s’il n’est pas d’accord —, cette séparation devient, pour Onfray, une censure ; inspirée du gouvernement, qui plus est. Bien sûr, cette dernière affirmation est sans preuves, seulement basée sur des conjectures. Cette notion que Zemmour serait censuré est assez comique quand on examine d’un peu près ses apparitions dans les médias. Il est typiquement un « bon client » : ses éructations garantissent toujours un minimum de spectacle, à défaut de débat sérieux. Il n’est donc pas près de ne plus avoir de tribune. D’ailleurs, un journaliste d’i>télé le dit clairement :

Une : vu l’exposition médiatique dont il a bénéficié, et dont il devrait en partie continuer à profiter… on a déjà vu par le passé des persécutions plus intenses. D’autant plus que personne n’a dit qu’on ne reverrait pas Eric Zemmour sur I>Télé. La chaîne a simplement décidé d’arrêter de l’employer en tant que chroniqueur, ça ne signifie pas tout à fait qu’il ne sera plus invité, mais cette fois sans être payé4.

Comme censure, on a vu pire, effectivement. Toutefois, ce chantre auto-proclamé de la liberté d’expression qu’est Onfray semble être très gêné quand cette dernière s’exerce à ses dépends. On l’a vu en avril 2013 à Balma, où, avec la complicité des édiles du coin et d’une salle venue pour admirer le « grand homme », il a fait écarter un jeune philosophe d’une table ronde, au prétexte que celui-ci l’avait traité d’imposteur. Il aurait pu saisir l’occasion pour montrer que, non, il n’était pas un imposteur. Au contraire, il a décidé d’user de sa notoriété pour faire évincer ce philosophe de la table ronde. Comme ce dernier le dit : il a dû toucher juste pour qu’Onfray refuse le débat5. Dans tous les cas, cette censure de la part d’Onfray est pathétique, au minimum…

Bref, c’est toujours la même chose avec l’extrême-droite et ses idiots utiles : la liberté d’expression ne fonctionne que dans un sens, le leur. Ils ont le droit de dire tout et n’importe quoi mais gare à ceux qui les contestent : eux seront censurés.

Qu’Onfray défende la liberté d’expression de Zemmour, je veux bien. Encore qu’il faudrait peut-être mettre les accusations de censure en perspective6. Mais, s’il veut avoir une quelconque crédibilité comme chantre de la liberté d’expression, peut-être devrait-il éviter de pratiquer lui-même cette censure, quand celle-ci l’arrange.


Suivant le célèbre adage « faites ce que je dis, pas ce que je fais », je lis une recension d’Onfray sur un livre d’une philosophe qui s’attaque à la nouvelle marotte de ce dernier : la « théorie du genre »7. Ce texte met une fois de plus en exergue l’ignorance d’Onfray sur le sujet, qui suggère, à l’instar de certains intégristes chrétiens, que l’orientation sexuelle — ou le genre — est un choix ; et donc un caprice. Ce positionnement va à l’encontre de tout ce qui est connu à ce niveau, mais comme ces études ne vont pas dans le sens d’Onfray, il ne doit pas les lire. De plus, il fait mine, encore une fois, de ne pas comprendre ce que sont les études de genre, à savoir l’étude de la formation des rôles genrés dans la société (un pompier, une femme de ménage). Cela doit être dur d’admettre que l’on peut se tromper.
Bref… Au regard de la citation qui suit, cette recension a quelque chose de comique :

Paris est un village dans lequel triomphe l’inceste intellectuel: pourvu qu’il soit prescripteur[…]8

Pourquoi ? Et bien, en fait, il ne s’agit pas d’une recension à proprement parler, mais plutôt d’un article infomercial déguisé : l’auteure est publiée chez Grasset, maison d’édition qui publie Onfray9. Conflit d’intérêt ? Copinage ? Service commandé de Grasset ? De toute évidence, Onfray, tout à sa dénonciation des pratiques des intellectuels parisiens, a négligé d’éviter d’intégrer ces dernières.


  1. http://www.theguardian.com/commentisfree/2013/apr/03/sam-harris-muslim-animus

  2. On peut entendre le délire d’Onfray sur Marine Le Pen « libertaire » à environ cinq minutes du début de l’interview.

  3. http://fr.wikipedia.org/wiki/Libertaire

  4. http://rue89.nouvelobs.com/2014/12/22/eric-zemmour-quelle-liberte-dexpression-parle-t-256698

  5. On trouvera ici une interview de Michael Paraire. Une vidéo de la censure de Paraire par Onfray est disponible sur Youtube.

  6. Zemmour aura toujours une tribune à RTL.

  7. http://bibliobs.nouvelobs.com/essais/20141219.OBS8406/la-theorie-du-genre-ce-nouveau-puritanisme-par-michel-onfray.html

  8. http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2014/09/26/31001-20140926ARTFIG00442-michel-onfray-sade-marine-le-pen-l-ecole-et-moi.php

  9. http://grasset.fr/recherche?search_api_views_fulltext=Onfray

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Le prix de la liberté d’informer — et de s’informer : une vigilance de tous les instants.

J’arrive au boulot le matin, je bois mon café en pensant aux expériences que je vais commettre dans la journée. Souvent, je regarde mes fils RSS pour lire des nouvelles diverses et variées — pas toujours reliées au travail, mais ça fait partie de mon rituel pour démarrer ma journée. Aujourd’hui, ce faisant, je tombe sur une courte brêve du site boingboing[^ boingboing]. Après TAFTA et, probablement, d’autres tentatives (il me semble en effet que ce n’est pas la première du genre), les émetteurs tentent de s’approprier un travail qui ne leur appartient pas. Pire, ils tentent de s’approprier des travaux qui sont soit dans les domaine public, soit sous licence « Creative Commons2 ». Dans le premier cas, le traité WIPO reviendrait à voler la population de la planète de quelque chose qui lui appartient collectivement (ou, tout au moins, qu’elle peut utiliser à loisir). Dans le second, elle nierait aux auteurs le droit de choisir quelle licence appliquer à leur propre création. Je me demande même si, dans ce dernier cas, elle ne pourrait pas aboutir à ce que des auteurs d’une œuvre sous licence CC soient poursuivis pour avoir utilisé ou diffusé leur œuvre après un diffuseur. Ce n’est ni plus ni moins qu’un hold-up. De plus, comme écrit sur boingboing, il sera illégal de briser des DRM apposés sur des œuvres du domaine public ou sous licence CC.
Comme l’auteur de l’article de boingboing le mentionne, on pensait que ces dispositifs étaient destinés à protéger les créateurs. Il semblerait plutôt qu’ils servent à les spolier.
Au-delà du débat sur la propriété intellectuelle des créations et du droit d’usage de celles-ci ; ce qui est en jeu ici est aussi la liberté d’informer — et par extension de s’informer : il remettrait en cause le concept de « fair use3 », qui autorise le fait de citer (pour un texte) ou de diffuser de courts extraits vidéos à l’appui d’une thèse plus large. Les journalistes, surtout indépendants n’auront plus les moyens de poursuivre leurs investigations, bien moins de les rendres publiques : ils devront payer pour ce faire ou être poursuivis pour avoir diffusé des extraits d’œuvres dont le poursuivant ne sera même pas l’auteur.
Le logo d’une organisation criminelle

L’organisation Creative Commons, qui gère les licences CC a écrit un article en 2012 (de toutes évidences ces discussions ne datent pas d’hier) sur le sujet : « WIPO’s broadcasting treaty, still harmful, still unnecessary »4 qui détaille leur position sur le sujet.


  1. http://boingboing.net/2014/12/10/un-wants-to-give-broadcasters.html#more-352494

  2. http://fr.wikipedia.org/wiki/Creative_Commons

  3. http://fr.wikipedia.org/wiki/Fair_use

  4. http://creativecommons.org/tag/wipo

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